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Miquets - CISU

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BÉRÉCHITE (Genèse)
CHÉMOT (Éxode)
VAYIKRA (Lévitique)
BAMIDBAR (Nombres)
DÉVARIM (Deutéronome)
BÉRÉCHITE (Genèse)
 

 

 

L’évidence de la vérité 

Le Rabbin Elie Munk rapporte dans son commentaire l’enseignement suivant du Talmud (Berakhoth 55b) : Il existe trois catégories de rêves. La première comprend les rêves suscités par des pensées ou des imaginations impures ou des influences malsaines que l’on attribue au démon. La seconde est constituée par des rêves qui ne sont que des conséquences naturelles de notre constitution psychophysique. C’est à cette catégorie que se rapporte la parole du prophète Zacharie : ‘’Les songes ne disent que des vanités’’ (Zach. X – 2). La troisième comporte les rêves d’inspiration prophétique. C’est à cette catégorie que la Thora fait allusion en disant au nom de l’Eternel : ‘’Je me révèle à lui en songe’’ (Nb. XII – 6). Tel est d’après Samuël Edels la classification des rêves, de même que chez Bahia Ibn Pakouda. 

Maïmonide fait une longue analyse des rêves prophétiques et établit leur ordre d’importance (Guide des Egarés II – 36, 37).

Soulignons que le Talmud considère le rêve comme une prophétie mineure. Il en représente la soixantième partie (Berakhoth 57b), qualifié par le Midrach Rabba comme le fruit abortif de la prophétie.

Le Talmud enseigne au nom de Rabbi Yohanan : Trois sortes de rêves se réalisent, ceux qu’on rêve au matin, ceux qu’une tierce personne rêve à notre sujet, et ceux qui contiennent leur propre interprétation. Selon un autre avis, il faut y inclure également le rêve répétitif. Rabbi Yohanan dit dans le Midrach que tout rêve matinal se réalise rapidement. Rabbi Samuel Edels explique que les rêves qui précèdent le réveil ne résultent pas d’une insuffisance somatique ou psychologique, ni d’une activité des centres nerveux, comme ceux qui se produisent au début du sommeil. Le rêve du pharaon, comme le souligne le texte ‘’ce fut un matin’’, relève d’une inspiration prophétique. Aussi le fait que ses rêves avaient eu lieu à cette heure matinale, de même que la répétition du rêve, convainquirent Pharaon de leur importance exceptionnelle. Et c’est ce que Yossef Ha Tsadik lui dira avec emphase : ‘’Ce que D… veut faire, Il l’a révélé à Pharaon’’(Gen. XLI – 28). Tous les devins de l’Egypte et tous les savants auxquels Pharaon exposa son rêve, n’ont su donner une interprétation satisfaisante. De nombreuses explications lui furent proposées, mais il n’en éprouvait aucun apaisement. D’aucuns lui dirent par exemple que le pharaon aura sept filles et il enterrera sept filles, ce qui le concernait en tant que père de famille ; alors qu’il estimait que ses rêves devaient s’adresser à lui en sa qualité de roi…. Toutes les interprétations que ses serviteurs lui ont suggérées faisaient preuve de beaucoup d’imagination, d’une grande science et d’une profonde sagesse. Et pourtant l’explication toute simple de Yossef n’a pas effleuré leur esprit. Seul Yossef a su que l’interprétation du rêve du pharaon ne faisait pas appel à une réflexion complexe ou trop élaborée. Les sept belles vaches et les sept beaux épis qui contrastaient avec les sept vaches maigres et laides et les sept épis vides, représentaient tout naturellement les sept années d’abondance et les sept années de disette. ‘’Ce que D… veut faire, Il l’a annoncé à Pharaon’’. Il ne s’agit pas là d’un signe significatif complexe. C’est la représentation toute naturelle et évidente de l’abondance et de la disette qui allaient survenir. Ceci nous permet de comprendre le pourquoi Yossef conclut son interprétation en ajoutant ce conseil à priori superflu : ‘’Maintenant, que Pharaon choisisse un homme sage et intelligent et qu’il le prépose au pays d’Egypte’’ (Gen. XLI – 33). 

Le pharaon ne lui a pas demandé de conseil. Yossef savait que son explication des rêves du pharaon était si évidente et si simple qu’elle allait se heurter à une opposition virulente de la part des conseillers du roi, et que celui-ci pouvait être influencé par le discrédit qu’ils jetteraient sur le serviteur hébreu fraîchement extrait de la geôle. Yossef use alors d’une démarche psychologique que nous pouvons illustrer par l’histoire suivante: Le fils d’un grand monarque souffrait d’un mal dont nul médecin ne trouvait remède. En désespoir de cause, le roi décide d’adresser un appel à toute personne de son royaume, pour lui venir en aide afin de découvrir la potion magique. Et voilà que se présente au palais un médecin de campagne qui examine le malade en présence des grands médecins qui entourent le roi et qui prescrit une infusion d’herbes de jardin très répandues. Mais sachant que s’il énonce cette médication toute simple et à la portée de tous, devant cette assemblée illustre, il les froisserait et subira en retour leurs moqueries, il ajouta que l’infusion qu’il préconisait, bien qu’elle provienne de plantes usuelles, réclame un dosage savant. De la sorte chacun d’eux pouvait penser qu’il était le seul habilité de par sa science, à concocter le mélange et que c’est à lui que s’adressera le roi pour ce faire. Ce qui entraîna leur approbation. C’est ainsi que fit Yossef à l’égard de Pharaon, en présence de tous ses devins et ses savants. Et c’est pourquoi il clôtura ses propos en disant : ‘’Que le pharaon choisisse un homme sage et intelligent et qu’il le prépose au pays d’Egypte’’.

  

Ani ma’amine

L’origine de la foi juive remonte au premier homme Adam Harichone. Elle se perpétue à travers le patriarche Avraham, précurseur du monothéisme , et par-delà elle étreint les étendues du monde. La foi juive est, dans son essence, largement ouverte sur les horizons conceptuels de l’univers, œuvre du créateur, sur la relation entre le divin et l’humain et la vision de son devenir.

De même que les concepts à propos du créateur et l’œuvre de la création ne furent livrés qu’aux hommes doués de grandes aptitudes, ainsi en est-il de la vision du devenir du monde. Seules les têtes de chapitre et les allusions  furent perçues par les Sages qui ont tenté de sonder le mystère par leur sagesse , leur expérience et l’esprit de la Thora qui anime leur cœur.

Le thème de ‘’A’harith ha’yamim’’, la fin des temps, qui fait partie intégrante des treize articles de foi du judaïsme, est un des principes fondamentaux de la foi et de la pensée juive. Car il recouvre ce qui adviendra à la fin des temps du peuple d’Israël, du monde et de toute l’humanité.

L’expression ‘’A’harith ha’yamim’’est mentionnée pour la première fois par le patriarche Yaakov dans cette parole adressée à ses enfants :’’Rassemblez-vous. Je veux vous révéler ce qui vous arrivera dans la suite des jours’’(Gen. XLIX – 1).  Rachi, le commentateur classique de la Bible, rapporte à ce sujet ce développement du Midrash:’’Yaakov a voulu révéler la fin des temps ; et la présence divine s’est retirée de lui’’ (Berechith Rabba 98). 

Le Midrash  précise que la fin des temps fut révélée à deux personnages bibliques, et leur fut dissimulée ensuite : la patriarche Yaakov et le prophète Daniel. Et le Talmud explique cela en disant : du fait que l’avènement de la rédemption dépend également de la volonté de l’homme, à savoir que si l’humanité est méritante, alors la rédemption vient promptement ; elle est pour ainsi dire précipitée dans le temps (Sanhedrin 98 a). Ou alors, elle est repoussée au moment qui lui est réservé, même si l’humanité n’effectue pas le retour  vers D…, la repentance.

La révélation de ’A’harith ha’yamim’nous fait perdre le bénéfice du mérite de la voir se réaliser promptement et nous condamne à en attendre le terme. C’est pourquoi la présence divine s’est retirée pour éviter que Yaakov révèle la fin des temps.  

Nous trouvons également d’autres termes qui désignent la fin des temps ‘’A’harith ha’yamim’’ dans la Bible, tels que ‘’kets’’ ou ‘’kets hayamim’’,fin des jours,  ou encore chez les prophètes qui usent des mots ‘’yom Hachem’’, jour de l’Eternel, ou encore ‘’yom hahou’’, ce jour là, allusion au devenir du monde , soit l’époque qui précède la venue du Messie. ‘’A’harith ha’yamim’’ englobe des époques et des concepts divers. On utilise souvent cette appellation par opposition à  ‘’olam hazé’’, ce monde-ci.

Dans la première bénédiction qui précède la lecture du chema’a, le chabbath matin, intitulée ‘’yotser or’’, créateur de la lumière, nous rendons hommage au créateur  de la lumière et nous clôturons le premier paragraphe de cette bénédiction par ces mots :’’Nul ne peut T’être comparé ô Eternel notre D… dans ce monde ; nul, hormis Toi ô notre Roi dans la vie du monde à venir ! Rien en dehors de Toi, ô notre Sauveur , lors de la résurrection des morts’’.

Le Talmud rapporte des avis relatifs à la question de savoir  ce qui distingue le monde présent des temps messianiques .

Maïmonide est du même avis que le maître du Talmud Schmouël (Haguiga), qui dit que ce qui les différencie, c’est uniquement l’asservissement aux différents empires (royaumes) :’’Le Roi Messie rétablira le royaume de David et restaurera son gouvernement suprême’’ ; comme bâtisseur du Temple et unificateur des dispersés d’Israël pour recouvrer l’état de droit de ces temps glorieux..

La Michna nous enseigne : Toute personne qui scrute ces trois domaines, il aurait mieux aurait valu pour elle de ne pas venir à l’existence : - ce qui est dans les sphères célestes, - les profondeurs des abîmes, -  ce qui a précédé et - ce qui vient en dernier. Et la Tossefta explicite: ce qui était et ce qui va advenir.

Le Talmud (Berakhoth 34 a) ajoute également : Tous les prophètes n’ont eu des visions que pour les temps messianiques. Mais le monde à venir, ‘’nul œil ne l’a perçu, hormis l’Eternel’’,selon l’expression du prophète Isaïe (Is. LIV – 3).

Ainsi donc, le monde à venir est une période tout autre, nullement comparable avec la notion des temps messianiques. C’est pourquoi Maïmonide s’attarde sur l’époque de la venue du messie en disant : Les Sages et les prophètes n’ont pas attendu avec engouement la venue messianique pour avoir la suprématie sur les nations, et non plus pour que les peuples les mettent sur un piédestal, ni pour se réjouir et se délecter de boissons et de nourriture ; mais pour qu’ils soient affranchis des royaumes tyranniques  qui les oppressent et qui ne leur permettent pas de s’adonner à l’étude de la Thora et à la pratique des mitzvoth comme il convient. et trouver ainsi le répit et la quiétude ,  pour s’adonner à la connaissance abondante de la sagesse, et avoir le mérite de connaître la  vie du monde à venir. 

L’avis général des Sages du Talmud, est que le temps de l’avènement messianique ne peut être révélé. Ce mystère n’est connu que par des personnes isolées parmi les élus. Et néanmoins, il leur est interdit de le faire savoir. Les sages du Talmud ont condamné les personnes qui tentent de soulever ce mystère, en les invectivant sévèrement. Et cependant, différents termes ont été mentionnés pour l’avènement messianique, tels que quatre mille deux cent trente et un, ou, quatre mille deux cent nonante et un, trouvés dans un rouleau antique dans les archives de Rome et mentionnés dans le Talmud (Sanhedrin 97 a). 

Mais il semble que l’intention fondamentale de ceux qui ont écrit cela, c’était de certifier qu’avant cette date là, il n’y a aucune chance que le Messie  vienne en son temps, au moment désigné par la providence.  Mais passé ce temps, on peut espérer assister à cet avènement. Il est également fait mention que l’existence du monde est de l’ordre de six millénaires, et que le septième sera dominé par le Tohou. 

Ainsi donc, l’avènement messianique devra se réaliser avant la fin du sixième millénaire  depuis la création. 

Ce qui a motivé parfois cette quête, c’était des raisons nationales, communautaires ou sociales. Ces dates déterminées de l’avènement messianique servaient d’encouragement d’un état de désespoir. 

Le Talmud est parsemé de paroles de Sages relatives à l’avènement messianique , ayant pour objet de répondre à la question de savoir pourquoi le Messie   tarde à venir . Par ailleurs, qu’est-ce qui peut hâter la délivrance ? Et enfin, comment se présentera  le monde à cette époque là ? 

Dans la citation des éléments qui retardent la délivrance , il est fait mention :

1)des convertis. Comme dit le Talmud (Nidda 13) : ‘’Les personnes qui adoptent le judaïsme, les ‘’guérim’’, présentent des inconvénients graves pour le peuple d’Israël ; à l’exemple de la maladie de la peau appelée ‘’sapahath’’ . Et ce, parce que certains d’entre- eux  retournent à leur état initial  et induisent en erreur de par leur conduite, l’israélite qui éprouve de grandes difficultés à s’en méfier et à s’en écarter du fait de leur intégration  dans les rangs de la communauté d’Israël. Ou encore parce que,  ayant adhéré complètement avec une profonde sincérité à la pratique et à l’esprit des mitzvoth  de la Thora, ils deviennent un exemple de grande fidélité au judaïsme et ne laissent nulle excuse d’ignorance ou de relâchement à ceux qui sont nés dans la foi de leurs pères et qui ne peuvent prétendre à aucune excuse pour s’en être écartés. 

2)Ceux qui s’adonnent aux plaisirs de la chair avec les enfants non pubères, la pédophilie. (voir Talmud Nidda 13 a).

3)De ceux qui  renoncent à faire repentance

4)Ceux qui sèment la discorde au sein du peuple d’Israël.    Etc…

 

Et parmi les choses qui hâtent la délivrance, le Talmud cite : 

- le respect des enfants  d’Israël de deux chabbatoth. Le Talmud s’appuie ici sur la juxtaposition des paroles du prophète Isaïe : ‘’Ainsi, dit l’Eternel à ceux qui gardent mes chabbats, sans le profaner : Je les fais venir au mont de mon sanctuaire. Je les réjouis dans la maison de ma prière’’ (Is. LVI – 7).

- Le mérite de l’étude désintéressée de la Thora (Sanhedrin 99 a).

- ou encore, la repentance et les bonnes actions, et l’unité du peuple …

Mais de l’avis de Rabbi Yochoua qui a prévalu dans le Talmud, (Sanhedrin 97 a),il apparaît en définitive que la délivrance viendra même en absence de repentance. Et néanmoins, celle-ci en constitue une cause de son retardement .

Soulignons par ailleurs que les Sages du Talmud décrivent la dernière période avant les temps messianiques, par ces quelques indications qu’ils offrent à notre réflexion et à notre méditation ; à l’exemple du  visage que présentera cette génération, et qui  ressemblera à la gueule du chien. 

Une personne n’éprouvera nulle honte vis-à-vis de son prochain. Même le fils ne manifestera aucune gêne devant son père. Les jeunes gens feront blêmir de honte les têtes chenues. Et ces derniers se tiendront debout pour rendre hommage aux jeunes gens. Le règne sera accordé aux renégats. La vérité disparaîtra. Le coût de la vie s’intensifiera. Le vin coûtera très cher, bien que la vigne donne son fruit. Les maisons du peuple deviendront des lieux de perdition. Le fils portera atteinte à son père ; la fille se dressera contre sa mère, la bru contre sa belle-mère ; le père de famille deviendra l’ennemi de sa maisonnée etc… 

Rabbi Chimon Bar Yohaï énumère les événements des sept dernières années avant la délivrance :

La première année connaîtra une semi famine. 

La deuxième sera frappée de la disette moyenne. 

La troisième , d’une grande famine.  

Les personnes pieuses et jouissant d’un grand renom dans la pratique du bien, diminueront. La Thora sera couverte par l’oubli. Etc… 

Et la septième année, les guerres éclateront . 

Enfin, à l’approche de la fin de cette septième année, le Roi Messie descendant de David, apparaîtra. 

A propos de l’époque même du Messie, de sa durée et de sa nature, le Talmud avance quelques avis.

Rabbi Eleazar estime cette durée à quarante ans. Rabbi Eleazar ben Azaria, dit septante ans. Et Rabbi Yehouda Hanassi dit, trois générations. Tous ces Sages se réfèrent à des versets de la Bible, mais sans préciser ce qui caractérise ces périodes.

De nombreuses agadoth éparses sur la nature de cette période de la fin des temps, nous sont présentées çà et là. Ainsi, le prophète Isaïe et le prophète Michée sont les premiers à nous livrer quelques-unes de leur impressions ; telles que : ‘’L’Eternel jugera les nations. Il persuadera des peuples multiples. Ils forgeront leurs épées en socs, leurs lances en serpes. Une nation contre une autre ne portera plus l’épée et ils n’apprendront plus la guerre’’(Is. II – 4). 

Ou encore : ‘’Le loup résidera avec le mouton ; le léopard s’accroupira avec le chevreau ; le veau, le lionceau, le buffle, ensembles ; un petit adolescent les conduira .La vache et l’ours pâtureront ensembles ; leurs petits s’accroupiront. Le lion, comme un bovin, mangera de la paille. Le nourrisson se délectera sur un trou de cobra, sur une antre de vipère sevrée ; il les manipulera de ses mains. (Is .XI – 6,7). 

Le talmud ajoute : les nations du monde apporteront des présents au Roi Messie. 

La terre d’Israël s’étendra ; et les portes de Jérusalem s’ouvriront pour atteindre la ville de Damas(Chabbath 63 a). 

Les Sages relatent également les événements naturels qui se produiront, tels que : les arbres stériles porteront des fruits, la terre donnera ses produits et les arbres leurs fruits le jour même des semailles et des plantations. Même le corps de l’arbre deviendra comestible.

Il n’y aura plus de femmes stériles et les personnes seront dotées d’une grande taille. Le prophète Eliyahou rapportera la cruche contenant la manne, et les maisons de prières et d’étude en Babylonie et de par le monde, seront fixées en terre d’Israël. 

Les Sages dépositaires de la Kabbala se sont attardés tout particulièrement sur l’époque qui suivra la venue du Messie, et s’intéressèrent beaucoup également à la vie après la mort. 

Rabbi Aharon Bahyia Modiyia rapporte dans son livre ‘’Me éver yabok’’, les avis entendus dans la maison d’étude du Ari Ha Kadosh.

 

Le naturel et le miracle

Comment distinguer le phénomène naturel du miracle ?

L’un se prolonge et l’autre s’estompe, et pourtant le naturel ne s’inscrit pas davantage dans la logique que le miracle, selon le principe énoncé dans le Talmud : ‘’celui qui a permis à l’huile de servir de combustible peut en faire autant pour le vinaigre’’ (Taanith 25 a).

Mais nous devons qualifier le ‘’naturel’’ l’événement miraculeux qui sort du cadre de ce qui est épisodique et unique, et attribuer le nom de miracle à l’événement du durée limitée dans le temps. Autant le miracle est restreint dans le temps, au plus sa spécificité est mise en évidence ; devenu répétitif, son impact ira croissant et il finira par disparaître complètement. Le miracle témoigne de la nature et de son essence réelle qui relève également du miracle, et la nature fait ressortir le miracle et son caractère propre. Sur fond de la nature et des lois qui la régissent, rejaillit l’éclat du miracle qui révèle sa source et son mystère.

Ce n’est point le naturel et le miracle qui sont asservis au temps. En effet, le naturel est infini sur le plan temporel et le trait caractéristique du miracle , c’est la réduction maximale de sa réalisation dans le temps. Le naturel limité dans le temps n’appartient plus au concept ‘’naturel’’ et attire l’attention ; et le miracle dont la durée s’étend dans l’espace temps, affaiblit son impact et détourne de lui l’attention, jusqu’à s’éteindre. 

Ces considérations portent l’école de Beth Chammaï à faire observer que le miracle de la petite fiole d’huile de Hanoucca qui revient sur lui-même quelques nuits, doit être célébré en procédant à l’allumage des huit lumières de la première nuit et aller par ordre décroissant les nuits suivantes, répondant ainsi à l’effet produit par le miracle la première nuit et qui s’estompe chaque nuit  qui s’ajoute. En effet, le miracle qui s’inscrit dans le temps et s’attache à lui, perd simultanément sa qualité de miracle pour devenir un fait naturel.

Pour l’école de Beth Hillel également, le miracle ne peut conserver sa qualité d’être dans un temps prolongé. Et si l’on veut néanmoins préserver son effet miraculeux afin qu’il ne se dilue pas dans le temps qui s’écoule, il faut obligatoirement le raviver pour le renouveler. C’est pourquoi l’école de Beth Hillel préconise de procéder à l’allumage d’une lumière la première nuit et de poursuivre dans un ordre croissant les nuits suivantes.

La halakha, la loi ayant retenu l’avis de Beth Hillel, par voie de conséquence , dit que dans le cas où la lumière de Hanoucca viendrait à s’éteindre, on n’aurait pas à s’en occuper, car c’est le fait de l’allumage qui prévaut pour la réalisation de la mitzva, la prescription.

La longueur du temps ne procure nul avantage et n’influence en rien l’étendue du miracle ; mais  bien au contraire, elle l’amoindrit. L’essentiel réside dans la première parcelle de temps, celle d’un clignement de l’œil pour marquer le fait miraculeux.

Dans la même ligne de pensée, nos Sages ont établi la distinction entre les sept jours de la création du monde et ceux présidés par le miracle de Hanoucca. Alors que l’œuvre de la création sort du cadre du miracle aux yeux de l’humain passés les sept jours, le miracle de Hanoucca se trouve limité à une semaine uniquement et ne renouvelle pas. Nonobstant la répétition de l’œuvre de la création, celle-ci revêt le caractère du plus grand miracle de par son étendue universelle.

A l’opposé, la prolongation du miracle de Hanoucca lui aurait fait perdre le caractère de miracle et n’aurait pas donné lieu à une bénédiction. Nous pouvons comparer cela au miracle de la lumière perpétuelle dans le Temple, qui a duré sans interruption jusqu’à la mort de Simon le Juste (dernier membre de la Grande Assemblée au 5e siècle avant l’ère commune), et qui n’a bénéficié d’aucun signe commémoratif du fait que ce miracle était devenu naturel dans le Temple.  Bien qu’il soit plus limité que le miracle de l’œuvre de la création, il demeure néanmoins d’une durée beaucoup plus étendue que le miracle de Hanoucca.

Dans le code de la loi ‘’Orakh Hayim’’(chap. 678), il est stipulé : ‘’Entre la lumière du Chabbath et la lumière de Hanoucca, la lumière du Chabbath prévaut’’.

Le miracle de l’œuvre de la création incorporé dans le Chabbath, n’est pas moindre que celui de Hanoucca. La lumière des sept jours de la création surpasse toutes les autres lumières. Celle-ci est voilée à l’œil nu par l’enveloppe de la nature ; mais son éclat ne s’est pas étiolé et garde son état originel pour l’œil avisé qui scrute au-delà de l’enveloppe naturelle pour distinguer l’intériorité de la création. La différence entre les deux lumières, Chabbath et Hanoucca, demeure dans le fait que la lumière du Chabbath peut servir d’éclairage, ce qui n’est pas le cas pour la lumière de Hanoucca. 

A l’instar du miracle de l’œuvre de la création, enveloppée du manteau de la nature et mise à la disposition de toute l’humanité pour son bien-être, tel qu’il est écrit :’’La Terre est livrée aux êtres humains’’,la fixation des lois de la nature permet aux facultés humaines d’exploiter ses ressources et ses lois, en vue du développement et du progrès de la civilisation, d’enrichir la culture humaine, de modeler le bien-être qui élargit l’esprit. Alors que le miracle de Hanoucca nous interdit de nous servir de sa lumière, car ce miracle n’a pas de fondement ni de règles établies. Il ne dure par ailleurs, en général, que le temps d’un clignement de l’œil et l’humanité ne peut être édifiée par lui. Ce qui rejoint le principe talmudique : ‘’On ne s’appuie pas sur le miracle’’(Psahim 64). En d’autres termes, le miracle détaché de la nature et dépourvu de toute stabilité, ne peut servir de fondement sur lequel pourrait s’appuyer le développement de la collectivité humaine. La génération qui a vécu l’événement de Hanoucca, était témoin du miracle manifeste de la victoire du petit nombre sur une armée nombreuse et puissante, et également de celui de la petite fiole portant le cachet du Grand-Prêtre : ‘’consacrée pour l’Eternel’’.

Si l’on s’interroge sur le pourquoi les Sages ont accentué le fondement de l’institution de la fête de Hanoucca en souvenir du miracle de la petite fiole d’huile, et non en raison de celui de la victoire des Maccabim, dont l’importance de la portée historique  est plus grande quant à la survie du peuple juif, qui parmi nous ne saurait répondre à cette question ! En effet, la fête de Hanoucca qui aurait été instaurée en souvenir d’une victoire guerrière, peut se heurter à une jeunesse pionnière qui porterait l’étendard de la victoire à son compte propre, et d’un revers de la main, tenterait de vider la fête de son contenu éducatif, moral et spirituel . Le miracle transmis par l’histoire n’est pas à la portée de la reconnaissance de tous. Par contre, le miracle produit par un fait  naturel alimente la mémoire pour de nombreuses générations, et lui conserve son caractère spirituel, moral et social. Et c’est cela qui nous permet aujourd’hui de rendre grâce à l’Eternel pour les miracles.

 

 

Grand Rabbin Chalom Benizri.